Publié par : pkoi006 le : mars 16, 2009
La présence d’autrui dans mon environnement n’est pas comparable à celle d’un objet quelconque. Il s’agit en effet d’une autre conscience face à la mienne. Par sa présence, autrui modifie profondément mon attitude. n est à la fois proche et mystérieux.
Autrui, un face-à-face redoutable
- Autrui est à la fois le même et l’autre. Il est autre que moi, distinct comme les objets qui m’entourent. Mais il est en même temps semblable à ce que je suis. Ma conscience fait donc l’expérience d’une conscience face à elle. Or, cette rencontre n’est pas neutre. Quand je vois l’autre qui me voit, c’est tout mon être qui est modifié. Je ne vis plus dans la quiétude d’un moi souverain, mais je deviens dépendant de cette présence qui s’impose à moi.
- L’expérience de la salle d’attente est révélatrice de cette modification de mon être. Mon comportement dans une salle d’attente est différent selon que j’entre dans une pièce qui est vide ou selon que j’y pénètre alors qu’une personne s’y trouve déjà. Je ne m’assois pas à la même place, je prends une certaine pause. Pour le philosophe Emmanuel Lévinas, la rencontre d’autrui est ” le face-à-face redoutable d’une relation sans intermédiaire, sans médiation “. Sa seule présence suffit à modifier mon être.
L’impossible connaissance d’autrui
- Autrui demeure pour moi un mystère. Je ne peux jamais le connaître comme je connais un objet placé devant moi. Je suppose qu’il ressent un sentiment en projetant sur lui mes propres impressions. Je lui attribue un comportement car je l’ai déjà vu agir. Mais rien ne m’assure de la vérité de mes hypothèses. Nicolas Malebranche (1638-1715) affirme ainsi que “la connaissance que nous avons des autres hommes est fort sujette à l’erreur si nous n’en jugeons que par les sentiments que nous avons de nous-mêmes”.
- L’inconnaissable est inhérent à la rencontre, à la présence d’autrui en tant qu’autre conscience, c’est-à-dire une liberté face à la mienne. Autrui, c’est l’inconnaissable pur, car il n’est rien à connaître qui puisse édaircir le mystère même de sa présence et de sa signification pour moi. Il n’y a pas de science de l’autre. Les deux consciences sont irréductiblement liées dans une tension qui les fait être l’une pour l’autre, l’une par l’autre.
Le conflit et le dialogue
- Hegel a souligné la dimension conflictuelle du rapport à autrui. Le face-à-face des consciences conduit à une lutte pour la reconnaissance, chacune cherchant à imposer sa liberté en contraignant l’autre. Seule la servitude d’une conscience met fin à l’affrontement. Mais le conflit n’est peut-être pas le seul horizon du rapport à autrui.
- De fait, l’écart entre moi et autrui ne peut jamais être totalement réduit. Il ne peut y avoir de fusion des consciences car cela signifierait la fin de l’une d’entre elles. L’expérience du dialogue suppose justement que soit maintenu un espace, celui de l’échange. Comme le montre Merleau-Ponty, dans le dialogue, chacun alimente le propos sans jamais disparaître lui-même. Le dialogue suppose l’égalité des interlocuteurs. Il peut donc être amitié.